Les règles françaises en matière de dépistage et de prévention ont changé au moins six fois depuis 2022. C’est la raison pour laquelle une bonne part de ce qui circule en ligne est périmé : des conditions d’âge qui ne sont plus les bonnes, des délais hérités de tests anciens, des gratuités annoncées trop largement.

Les informations de cette page sont datées et proviennent de Santé publique France, de la Haute Autorité de santé et des textes officiels. Elles ne remplacent pas une consultation : elles servent à savoir où aller et à quoi s’attendre.

Se faire dépister : ce qui est gratuit, pour qui

Depuis le 1er septembre 2024, le dispositif « Mon test IST » permet de se faire dépister en laboratoire de biologie médicale sans ordonnance et sans rendez-vous, pour cinq infections : le VIH, le gonocoque, la chlamydia, la syphilis et l’hépatite B.

Situation Ce qui est pris en charge
VIH, tout âge 100 %, sans avance de frais, depuis le 1er janvier 2022
Moins de 26 ans, les 4 autres infections 100 %, sans avance de frais
26 ans et plus, les 4 autres infections 60 % par l’Assurance maladie, le reste par la complémentaire
Avec une ordonnance, tout âge gratuit pour les cinq infections
En CeGIDD, tout âge gratuit et anonyme

Attention à une confusion répandue : on lit souvent que le dépistage serait « gratuit pour tous ». C’est vrai du VIH seul. Pour les quatre autres infections, la gratuité totale s’arrête à 26 ans — et le seuil est bien « moins de 26 ans », pas « moins de 25 ans ».

Sur place, un auto-questionnaire est remis à l’accueil ; c’est le biologiste qui oriente ensuite vers les dépistages pertinents. En cas de résultat positif, il prévient par téléphone ou sur place et oriente vers une structure de soins.

Un kit d’autoprélèvement à domicile existe aussi pour la chlamydia et le gonocoque, sur le site de l’Assurance maladie. Lancé en juillet 2025 pour les femmes de 18 à 25 ans, il a été ouvert le 29 mai 2026 aux hommes et aux personnes transgenres et non binaires de la même tranche d’âge, sous conditions.

Les délais : le point où presque tout le monde se trompe

Un test réalisé trop tôt peut être négatif alors que l’infection est présente. C’est la notion de fenêtre : le temps nécessaire pour que le test devienne fiable.

Test Délai de fiabilité
VIH, prise de sang en laboratoire 6 semaines après la dernière exposition
VIH, autotest ou test rapide 3 mois
Après un traitement post-exposition contrôle à la 10e semaine (HAS, 2024)

Pour les infections bactériennes — syphilis, chlamydia, gonocoque — les autorités françaises ne publient pas de fenêtre chiffrée aussi nette. La Haute Autorité de santé retient un bilan de contrôle à six semaines après une exposition, et à douze semaines lorsqu’un risque d’hépatite existe. Santé publique France conseille de ne pas attendre les symptômes, d’autant que la chlamydia n’en provoque le plus souvent aucun.

Deux pièges fréquents, à connaître :

  • Le « 3 mois » appliqué à tous les tests du VIH vient des anciens tests. Il reste valable pour les autotests, pas pour la prise de sang en laboratoire, fiable dès six semaines.
  • Un délai d’incubation n’est pas une fenêtre de test. Que le gonocoque se manifeste en deux à sept jours ne signifie pas qu’un test soit fiable au troisième jour.

L’urgence : les 48 heures qui comptent

Après une exposition à risque — rupture de préservatif, rapport non protégé avec une personne dont le statut est inconnu, agression — un traitement post-exposition au VIH peut être prescrit.

Il doit être commencé le plus tôt possible, idéalement dans les quatre heures, et au plus tard quarante-huit heures après l’exposition. Entre quarante-huit et soixante-douze heures, la Haute Autorité de santé indique que les données de la littérature ne montrent pas de protection significative.

Où s’adresser : aux urgences hospitalières, ouvertes à toute heure, ou en CeGIDD pendant les heures d’ouverture. Le traitement dure trente jours, avec une réévaluation au bout de deux ou trois jours.

Sur le coût, une précision s’impose, car beaucoup de pages l’annoncent gratuit : le médicament est remboursé à 100 %, mais les consultations et les examens sanguins le sont à 65 ou 70 %. L’accès reste possible sans couverture sociale.

En cas de risque de grossesse, la contraception d’urgence relève d’un calendrier différent — jusqu’à 72 heures pour le lévonorgestrel, 120 heures pour l’ulipristal acétate, et cinq jours pour un dispositif intra-utérin au cuivre. Elle ne protège d’aucune infection.

Se protéger au quotidien

Le préservatif reste le seul moyen qui protège à la fois des infections et d’une grossesse. Depuis le 1er janvier 2023, le préservatif externe est gratuit en pharmacie, sans ordonnance, pour les moins de 26 ans, pour certaines marques à demander au comptoir. Le préservatif interne bénéficie du même dispositif depuis le 9 janvier 2024. Au-delà de 26 ans, certains modèles sont remboursés à 60 % sur ordonnance, et restent gratuits en CeGIDD et dans les centres de santé sexuelle.

La PrEP est un traitement préventif qui protège du VIH uniquement — ni des autres infections, ni d’une grossesse. Depuis le 1er juin 2021, tout médecin, y compris un généraliste, peut en faire la première prescription. Les consultations et le médicament sont pris en charge à 100 %.

Où aller, selon ce qu’on cherche

Lieu Ce qu’on y trouve Anonyme
Laboratoire de biologie médicale dépistage des 5 infections, sans ordonnance non
CeGIDD dépistage gratuit, traitement d’urgence, PrEP, contraception d’urgence oui
Centre de santé sexuelle dépistage, contraception, préservatifs gratuits selon le centre
Urgences hospitalières traitement post-exposition, à toute heure non
Médecin traitant ou sage-femme ordonnance, suivi, PrEP non

Le CeGIDD — centre gratuit d’information, de dépistage et de diagnostic — est la réponse à la question que peu de gens osent poser : comment se faire dépister sans que cela apparaisse sur un relevé de remboursement que quelqu’un d’autre pourrait consulter. Tout y est gratuit et anonyme, à tout âge.

Pour les mineurs, les conditions d’accès varient d’un centre à l’autre : certains n’imposent aucune restriction, d’autres fixent un âge minimum, d’autres demandent un accompagnant majeur. Un appel préalable évite un déplacement inutile.

Où en est-on en France

Les derniers chiffres publiés par Santé publique France portent sur l’année 2024 et dessinent deux mouvements distincts. Le VIH se stabilise : environ 5 100 découvertes de séropositivité, après la hausse observée entre 2020 et 2023. Les infections bactériennes, elles, continuent d’augmenter — environ 61 100 diagnostics de chlamydia, 25 800 de gonocoque et 6 500 de syphilis.

Ces hausses reflètent en partie l’augmentation du dépistage lui-même, qui a progressé de 20 à 30 % selon les infections entre 2022 et 2024. Le nombre de sérologies VIH réalisées sans prescription a plus que doublé en un an, signe que l’accès libre en laboratoire a trouvé son public.

Pour aller plus loin

Les articles de ce dossier reprennent chacun de ces points en détail : les infections elles-mêmes, les lieux de dépistage, les deux types de préservatifs, la PrEP, la contraception d’urgence et la question du consentement lorsque l’alcool entre en jeu.